Interview de Monsieur Bonnet pour Rome Accueil

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Retrouvez ici l'intégralité de l'entretien donné par Monsieur Bonnet à l'association Rome Accueil.

L’Institut Saint Dominique, établissement catholique homologué, partenaire de l’AEFE, a été fondé par les sœurs de la Congrégation Romaine de Saint Dominique au début des années 1960, est situé au nord de Rome dans la réserve naturelle de l’Insugherata. Propriété de 44 000m² donnant sur la campagne romaine, l’Institut accueille, depuis bientôt  60 ans, des enfants de la « Classe Passerelle » (16 mois), jusqu’à la Terminale. Ses élèves sont issus  de 40 nationalités différentes, permettant ainsi d’incarner au quotidien un plurilinguisme vivant, mais dont le français reste la langue principale d’enseignement. Son directeur, aujourd’hui, nous fait découvrir la tradition et la spécificité de son établissement, son projet pédagogique, et les chantiers qu’il souhaite engager au présent et pour l’avenir.

(Propos recueillis par Claudia Richard et Anny Conflitti)

Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel ? Avez-vous déjà été en poste à l'étranger ou vécu à l'étranger?

Je suis né en 1983. Professeur de lettres, je viens d’une famille qui, depuis deux générations, a toujours travaillé à l’étranger.
J’ai fréquenté depuis mon plus jeune âge les écoles de l’AEFE en Amérique du sud, en Afrique et dans les pays du Golfe,  jusqu’à mes premières années d’études supérieures. J’ai ensuite suivi des études en Philosophie, Lettres classiques et  modernes à la Sorbonne (Paris IV), puis obtenu  un CAPES externe privé (CAFEP) de Lettres en 2010.

Pendant 3 ans, j’ai enseigné chez les Maristes de Lagny-sur-Marne, où j’étais coordinateur de la matière au lycée, puis trois années à Franklin (St Louis de Gonzague, Paris 16), établissement jésuite où j’ai eu la chance, pour l’anecdote, d’être le collègue de travail de Brigitte Macron. J’ai parallèlement monté une société en 2014, Montaigne Education, dont je suis toujours directeur général. Nous avons été les premiers à lancer le modèle des études dirigées, puis du préceptorat, sur Paris. Cette initiative vise à soulager les parents du suivi des devoirs à la maison, qui trop souvent prennent le pas sur la vie familiale.

Enfin, de 2016 à 2018, j’ai poursuivi ma carrière d’enseignant à Saint Jean de Passy où j’occupais aussi le poste de préfet des Troisièmes. Charge qui vise à opérer le suivi pédagogique et éducatif de 130 élèves qui se préparent à entrer au lycée. Je dois ma nomination comme directeur de Saint-Dominique à une volonté commune avec les sœurs dominicaines de Rome de faire évoluer et grandir le projet de notre établissement, sujet sur lequel nous travaillons depuis janvier 2018.

Connaissiez-vous Rome avant de prendre le poste de directeur ? Quelles sont vos impressions ?

J’ai connu Rome il y a quelques années, lors d’un Pèlerinage organisé par KTSENS (association que j’ai fondée en 2011 et dirigée pendant 4 ans). Je m’y suis même fiancé à cette occasion.

Aujourd’hui, marié, avec deux enfants, je souhaite faire connaître l’expérience de l’expatriation à ma famille, tel que je l’ai vécu plus jeune.  Après avoir envisagé l’Afrique dans un premier temps, j’ai choisi de répondre positivement, et avec enthousiasme, à la proposition des sœurs de Saint-Dominique. Je suis donc à Rome pour une durée indéterminée.

Mes impressions : je viens à peine d’arriver, mais je n’ai pas ressenti un gouffre culturel aussi important par rapport à Paris. Je suis plus que ravi d’être à Rome, et mon regard est tourné vers les Romains. Mon souhait est d’être ici en immersion totale. Je cherche à acquérir rapidement la langue italienne et souhaite être  « un Romain parmi les Romains ». La grosse différence par rapport à Paris c’est le rapport au temps. Apprendre à ne pas céder aux sirènes de l’urgence.

Même si nous sommes un peu excentrés, je vais à Rome dès que je peux. Je dois continuer d’apprendre et de m’intégrer dans le contexte culturel romain. J’aime beaucoup  le rapport que les Italiens entretiennent avec les enfants : ici vous n’avez jamais l’impression de gêner lorsque vous entrez avec eux au restaurant ou dans les magasins. Les Romains leur parlent, les embrassent, et tout cela avec un naturel vraiment touchant.

Autre différence de taille entre  Rome et Paris : les automobilistes ne sont pas persécutés !

De quelle façon votre établissement est-il lié à l'AEFE.?

Saint-Dominique est un établissement partenaire de l’ AEFE depuis 2010. Nous suivons donc les programmes officiels de l’Education Nationale. De la même façon nous sommes habilités à enseigner les programmes de la Terza Media et de l’ESABAC. Tous nos enseignants sont en contrat local, même les certifiés et agrégés français qui ont choisi de se mettre au service de notre projet pédagogique. Ce partenariat avec l’AEFE nous permet d’envoyer régulièrement nos enseignants et nos personnels à des stages de formation continue organisés par la zone Europe du Sud et aussi d’accueillir des conseillers pédagogiques pour chaque matière qui donnent conseils, informations et soutien à nos enseignants. C’est enrichissant pour nous, valorisant au plan professionnel, et  permet de maintenir le lien avec l’AEFE qui est primordial pour St Dominique. En revanche, nos seules ressources proviennent des frais de scolarité versés par les parents (à la différence des établissements en gestion directe). Nous sommes autonomes dans nos recrutements et dans l’utilisation que nous faisons de nos ressources.

Il y a deux établissements français à Rome, quelles sont les spécificités de Saint Dominique ?

Par son statut,  la première différence est la spécificité catholique de notre établissement. Nous assumons pleinement la dimension chrétienne qui imprègne la vie de l’école : enseignement du catéchisme ou de la culture religieuse (à destination de nos élèves non-chrétiens par exemple), participation aux actions bénévoles de charité auprès des pauvres ou des exclus, souci d’élever l’esprit et l’âme de nos jeunes.

L’institut St Dominique n’est sous cet aspect absolument pas déconnecté de la réalité du temps ni du monde auquel nos élèves appartiennent par culture et par nature. Bien au contraire, nous les préparons, à la mesure de nos forces, et sans entraver les choix éducatifs des parents, à entrer armés spirituellement dans un monde complexe et dominé par un matérialisme de plus en plus totalitaire.

Nous avons la chance d’avoir une aumônerie constituée de prêtres et séminaristes du Séminaire Français qui sont là deux journées par semaine pour rencontrer élèves et familles qui le désirent. Ils assurent un enseignement pastorale et doctrinal pour la préparation à l’ensemble des sacrements catholiques.  Quelle joie de les voir accueillir le Christ dans leur vie pour les uns, ou de poursuivre leur quête de transcendance pour les autres !

Autre spécificité : le port de l’uniforme. En plus d’être signe extérieur de sobriété,  il permet de faire de la  multi-culturalité une unité, comme une appartenance réelle à une seule et même famille.

Enfin, nous tenons à offrir un cadre naturel, sportif et culturel propice à l’éducation intégrale de la personne qui fonde le projet spécifique de Saint-Dominique.

Quels sont vos projets et ambitions pour les prochaines années scolaires de l'Institut Saint Dominique ?

En acceptant le poste j’ai voulu répondre à deux missions :
1/ Suivre la gestion quotidienne de l’établissement afin que chacun, personnel, parent ou élève, y trouve sa place.
2/ Faire de Saint-Dominique un Centre catholique international à Rome dont il sera le noyau.

Un nouveau comité de gestion est au travail pour en dessiner les contours et les fondations.

Parmi les ambitions les plus actuelles je suis en mesure de vous dire que :

  • L’Institut est candidat pour intégrer le réseau du Bac International dans le but d’être en mesure d’accueillir des élèves issus du monde entier. Nous délivrerons ce diplôme en langues anglaises et française. Très exigeant et prestigieux, et sans aucune concurrence avec les bac français, il engagera notre école dans une direction nouvelle qui ouvrira la voie à des formations post-bac davantage orientées vers les pays nord-américains et asiatiques.
  • Notre internat va rouvrir ses portes. A destination des élèves italiens, français en Italie, français de métropole, ou internationaux, il donnera à tous la possibilité de suivre une scolarité à Rome dans un environnement propice à l’épanouissement intellectuel, sportif et culturel.
  • Une académie des sports va progressivement voir le jour. Par la signature de partenariats officiels (comme en décembre 2018 avec la Fédération italienne de pétanque) nous souhaitons accueillir des compétitions officielles, pour le haut niveau comme pour les handi-sports.
  • Une académie de musique va continuer à développer les talents de nos élèves. Nous disposons d’une maitrise de chant qui a atteint, grâce Sonia Bouetté notre enseignante de musique, un niveau semi-professionnel. Un rayonnement qui dépasse de plus en plus les frontières de l’Institut.

Et l’écologie ?

En effet, c’est une préoccupation qui rejoint notre souci d’éduquer nos jeunes vers les responsabilités de l’âge adulte et du monde actuel. Nous allons donc engager, à la mesure de la générosité de nos bienfaiteurs et investisseurs (que nous recherchons) des chantiers ambitieux d’aménagement de nos espaces extérieurs qui auront comme point d’orgue la création d’un grand jardin pédagogique pour que nos élèves soient au plus de la nature, belle et vivante, et la plus excellente des éducatrices.

Quel message souhaiteriez-vous transmettre à nos adhérents ?

Un préjugé revient souvent au sujet de l’Institut : nous sommes loin du centre et d’une certaine manière déconnectés des préoccupations du « centre-ville ». Je souhaite faire tomber ce préjugé autrement que par des paroles. Nous cohabitons sur la Via Cassia avec deux écoles américaines, une école anglaise, une école saoudienne, que j’ai toutes visitées, et qui, comme nous, accueillons, dans un air pur et un environnement sain, des jeunes qui ont fait le choix de l’exigence et de la cohérence éducative avec les principes qui les animent. Saint-Dominique cherche  à être une micro-société où s’acquièrent, jour après jour, les fondamentaux qui permettent de fonder, tous ensemble, un monde meilleur.

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